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Tour de France : béni soit le bidon

Tour de France : béni soit le bidon

Juste avant le départ de l’étape (la 6e, entre Fougères et Chartres), un membre du staff de l’équipe Cofidis est revenu saluer ses bienfaiteurs : trois générations de Dauguet, debout en face d’une porte, comme sur la photo d’un roman autobiographique. Au-dessus des barrières, il a passé sa main pour tendre un bidon (la gourde des professionnels) en guise de cadeau. L’objet est couleur Père Noël (rouge et blanc) : le Tour est un conte de fées.

Comme la lumière avait filé à toute vitesse (les appareils photos, les caméras, les coureurs), la famille a dû reprendre bon gré mal gré sa routine d’avant gloire. Les petits bouts qui pilotent des bolides avec leur doigt ; le patriarche (le grand-père) qui se souvient d’un jour où Bernard Hinault, dernier vainqueur français du Tour, avait mis «une patate» à un journaliste trop insistant – «Une prune, héhé… une belle prune… fallait pas énerver le Blaireau.» Ironie, quand même : c’est si rarissime que Cofidis, société de crédit à la consommation, ait une dette envers le peuple – en général, c’est tout l’inverse.

L’histoire : le bus de l’équipe fut arrêté par une crevaison quelque part sur l’autoroute menant au grand départ. La logistique contrariée, il a fallu sortir les coureurs et le matériel de leur soucoupe roulante pour les installer dans des voitures. Une fois à Fougères, il a fallu dégoter un coin tranquille pour le «brief» (la formule consacrée) d’avant-course – comme autrefois, jusque dans les années 90, quand les champions arrivaient en caisse. Des pros se sont partiellement changés en plein air et des membres du staff se sont réjouis de cette séquence Proust : le Tour est une madeleine.

Les Dauguet n’ont pas tergiversé : le patriarche a indiqué la maison de son fils, le retraité vivant un peu plus loin dans une rue trop quadrillée. Un bonhomme en badge est venu surveiller la porte d’entrée, pendant que l’équipe se préparait, dans le salon, à guerroyer jusqu’à Chartres – 231 km. Le grand-père a donné des interviews et fait des confessions : il ferait encore du vélo s’il n’avait pas les hanches bousillées, la passion a des limites. Puis, un voisin long comme un lasso est venu voir ce qui se tramait. Le retraité a levé le menton, regardé la foule, toisé tout ce qu’il pouvait. Voix grave, comme la voix off d’un dessin animé, il a raconté le futur : des années plus tard, les gens parleront de ce Tour-là à travers ce bidon. Qui deviendra alors un mythe.


Ramsès Kefi envoyé spécial à Chartres

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