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Des rats, des punaises et des poux dans un camp de réfugiés en plein centre de Nantes

Des rats, des punaises et des poux dans un camp de réfugiés en plein centre de Nantes

Ce vendredi, Médecins du monde a installé un «dispensaire de campagne» square Jean-Baptiste-Daviais. Depuis bientôt un mois, près de 450 réfugiés s’agglutinent dans ce petit parc arboré en plein cœur de Nantes (Loire-Atlantique), à deux pas de la place du Commerce. Beaucoup viennent du Soudan ou d’Erythrée et jusqu’alors, ils vivaient au sein de squats évacués ces dernières semaines dans la ville. «La présence des migrants à Nantes, elle n’est pas nouvelle», rappelle Adeline Scanvion, responsable médicale de la Permanence d’accès aux soins de santé (PASS), une structure qui vient en aide aux exclus. «Ce qui est exceptionnel, aujourd’hui, c’est leur présence massive dans l’espace public, à la vue de tous. Jusqu’alors, tous leurs squats étaient cachés», insiste la praticienne, missionnée sur place par son employeur, le CHU de Nantes.

Ce qui se voit surtout, c’est la «situation d’hyperprécarité» des migrants, comme le rappelle Médecins du monde. La présence de rats, de punaises et de poux a en effet été constatée. Or, en guise de point d’eau, le square Jean-Baptiste-Daviais ne compte qu’une malheureuse fontaine, et les bains-douches municipaux, situés non loin, sont saturés. «Notre objectif premier, c’est d’apporter des soins à des personnes qui n’en ont pas eu depuis longtemps», explique Mathieu Quinette, coordinateur du programme «Migrations, droits et santé» au sein de l’antenne nantaise de l’association. «Nous voulons aussi avoir une photographie, en quelque sorte, des pathologies qu’on peut trouver sur le camp.»

Des personnels de médecins du monde et des personnes migrantes devant la pharmacie mise en place par Médecins du Monde. 

Intervention de l'ONG Médecins du Monde au square Square Jean-Baptiste Daviais Daviais à Nantes où campent entre 400 et 500 migrants. Les conditions de vie sont ultra précaire, il n'y a qu'un seul point d'eau et aucun sanitaire à disposition. Par ailleurs l'accès aux soins est très compliqué pour les personnes qui survivent dans le campement. Médecins du Monde a déployé 3 tentes de conIntervention de l’ONG Médecins du Monde sur le campement, vendredi. Photo Théophile Trossat pour Libération.

«Marre des politiques qui rendent malade»

La situation inquiétait déjà, en début de semaine, des conseillers municipaux de Nantes, le délégué épiscopal à la solidarité du diocèse et plusieurs associations caritatives (Amnesty International, Secours populaire, Secours catholique…). «Pour les personnes migrantes, comme pour les riverains et l’ensemble des habitants, cette situation ne peut perdurer, à l’approche d’une vague de chaleur qui va renforcer ce problème sanitaire», écrivaient-ils dans une lettre ouverte à la préfète de la Loire-Atlantique. Aujourd’hui, l’autre objectif de Médecins du monde, c’est donc de «témoigner». «On veut interpeller l’opinion publique, qu’il y ait une prise de conscience», insiste Mathieu Quinette, furieux contre la «volonté politique de non-accueil» de la même préfète. «Il y en a marre des politiques qui rendent malade», s’exaspère encore le responsable associatif. «Les pouvoirs publics utilisent la souffrance et la santé comme outils de dissuasion : ils pensent qu’en ne soignant pas les migrants, en les laissant malades, ils vont partir d’eux-mêmes… Mais ça ne se passe jamais comme ça.»

Reconnaissables à leurs badges ou leurs tee-shirts siglés, 50 bénévoles de Médecins du monde s’activent donc au sein de cette «clinique» mobile, qui regroupe des personnels soignants mais aussi des logisticiens, des traducteurs et des maraudeurs. Une «cellule d’orientation» a aussi été mise en place pour faciliter les radiographies pulmonaires de migrants au CHU de Nantes, tout proche, en cas de suspicion de tuberculose. «Il faut avoir une vision en termes de santé publique, et non pas laisser le ministère de l’Intérieur gérer le dossier : si on ne le traite pas à la racine, un tout petit problème peut devenir bien plus grand, rappelle Mathieu Quinette. Finalement, cela coûtera des journées entières d’hospitalisation à la collectivité.»

La Lybie, un «enfer sur terre»

Armelle, elle, se revendique clairement «zadiste» – comme le montre un tatouage sur son bras en hommage à la ZAD de Notre-Dame-des-Landes. Cette femme aux longues dreadlocks dort depuis trois semaines sur le camp, avec sa famille. Aujourd’hui, elle est «plus scandalisée qu’impressionnée» par la situation. «Des gens m’ont raconté comment, en Libye, ils s’étaient fait fracturer les mains ou les coudes», évoque notamment la quadragénaire. «Je me suis fait tirer dessus, j’ai été en prison… Ça a été très dur», témoigne Moussa, 24 ans, qui a fui le Niger sous la pression des islamistes de Boko Haram. La Libye est en effet devenu «l’enfer sur terre», souffle Mathieu Quinette : lui s’est fait rapporter des cas de «tortures», de passages sur «des chaises électriques» et des cas de viols d’une rare cruauté.


Guillaume Frouin correspondant à Nantes

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